Article du journal Les Echos
du 17 octobre 2019

Une nouvelle norme européenne, adoptée fin 2018, autorise à produire du ciment à partir de divers composants alternatifs.

L’industrie cimentière, qui émet 5 % du CO2 mondial, n’a pas le choix : elle a mis le cap sur le bas carbone. Et cela passe par un changement de composition du matériau. Car le ciment classique est fait avec du « clinker », un mélange d’argile et de calcaire cuit à 1.450 degrés. Résultat : une émission de 850 kg de CO2 par tonne de ciment.

Une nouvelle norme européenne a été adoptée en novembre 2018, qui autorise, pour le ciment courant, à réduire drastiquement la part de clinker. Elle pourra tomber à 35 %, en remplaçant ce composant polluant par d’autres : du calcaire et des cendres volantes (un résidu des centrales à charbon), ou du laitier (un résidu des hauts-fourneaux).
L’irlandais Ecocem, installé en France près des sites sidérurgiques d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer et à Dunkerque, s’est spécialisé dans la vente de laitier moulu et surveille ce tournant avec attention. « La création de ce nouveau ciment est intéressante. Mais il va falloir attendre son introduction en France, cette année ou en 2020. Pour l’instant, la France ne le permet pas encore », commente le patron d’Ecocem pour l’Europe, Conor O’Riain. Utiliser des résidus des hauts-fourneaux et des centrales à charbon est séduisant mais, par définition, la quantité est limitée. D’autres substituts sont donc à l’étude : le béton issu des démolitions, ou encore les « argiles calcinées », cuites à une température beaucoup plus basse que le clinker. « L’argile calcinée commence à émerger et nous sommes positionnés pour ce type d’innovation, car contrairement à une cimenterie nous ne fabriquons pas notre clinker », commente Vincent Lefebvre, cofondateur de la start-up cimentière Cem’In’Eu.

Une production conforme aux normes en vigueur Cem’In’Eu se déploie en France sur un modèle alternatif. Jugeant le monde de la construction trop réglementé pour des produits dérogatoires, la start-up ne veut produire que du ciment conforme aux normes en vigueur, mais elle cible les petits clients et importe son clinker d’un site turc géant, Medcem, pour le travailler en France dans de mini-broyeurs d’une capacité de 250.000 tonnes, loin des 800.000 tonnes d’un broyeur classique.
« Notre bilan carbone a été optimisé et est contrôlé par un tiers indépendant. Medcem, qui dessert le monde entier, est une usine littorale ultramoderne ouverte en 2015 et performante au niveau environnemental, contrairement à certaines vieilles cimenteries françaises. Le clinker est importé par bateau puis acheminé par voie fluviale ou ferroviaire jusqu’au broyeur, lui-même situé au plus près des clients », résume Vincent Lefebvre.
Il en est convaincu, d’autres types de ciments apparaîtront. « Quand ils seront normés, prédit-il, notre outil intégrera des composants minéraux de plus en plus variés. » — M. C.